Notre vision des 50 ans

En un demi-siècle, le statut des personnes étrangères présentes en Belgique a considérablement changé. Dans les années 1960, ils étaient ouvriers invités (du terme allemand, gastarbeiter). L’idée était un séjour à court terme, bénéfique pour l’ouvrier comme pour le pays d’accueil. Mais les nouvelles procédures mises en place dans les années 1970-1980, telles que le droit de regroupement familial et la naturalisation, ont facilité l’adaptation des étrangers à la Belgique et ainsi le projet de retour au pays natal a toujours été projeté dans un futur incertain. L’ouvrier n’était plus ‘invité’, mais bel et bien ‘immigré’, et il n’était plus question de trahison quand une famille immigrée investissait en Belgique en achetant une maison ou même des meubles neufs. L’intégration des immigrés en Belgique a été d’autant plus facilitée par la procédure accélérée de naturalisation instaurée en 2000. Aujourd’hui, la naturalisation des immigrés ne se fait plus uniquement par nécessité d’obtenir un statut juridique stable comme c’était le cas dans un premier temps. Les citoyens d’origine immigrée ne voient plus en la naturalisation des concessions de leur identité et leurs valeurs, mais concilient celles-ci à leur nouvelle identité et assument pleinement leur devoir de citoyenneté active. Nous constatons la même progression au niveau associatif : alors que les premières associations turques tentaient de répondre aux besoins de socialisation des immigrés par le biais d’activités religieuses, culturelles et folkloriques, et organisaient le rapatriement des défunts en Turquie, la deuxième vague d’immigrés –composée d’intellectuels exilés en Belgique pour causes politiques- proposait essentiellement des activités centrées  sur l’actualité turque. Après 50 ans, nous ne parlons plus d’ouvriers invités ou d’immigrés, mais de « Nouveaux » Belges, qui ont gravi les échelons sociaux et s’intéressent désormais aux problématiques qui apparaissent en Belgique, démontrant une véritable volonté de s’intégrer aux valeurs de leur pays d’accueil tout en conservant leurs valeurs traditionnelles. C’est dans cette perspective que s’inscrit Fedactio, organisation parapluie regroupant aujourd’hui plus d’une cinquantaine d’associations qui visent à se rendre utile à toute la société belge dans des domaines tels que l’éducation, la jeunesse, la culture, l’art le sport, la vie professionnelle, l’entreprenariat, l’économie et bien d’autres. Aujourd’hui, au 50ème anniversaire de la présence turque en Belgique, nous souhaitons mettre en valeur les 50 ans de l’histoire de l’immigration, mais aussi le progrès qui a été fait en un demi-siècle, par le biais d’une multitude d’activités variées réalisées dans ce cadre précis. Nous estimons que la communauté turque doit se concentrer à la mission qu’elle endosse pour l’avenir de la Belgique grâce à sa richesse culturelle et aux talents diversifiés qu’elle contient. En effet, le point le plus important de notre mission institutionnelle est de pouvoir contribuer d’une manière constructive à l’harmonie et à la cohésion de notre nouvelle patrie, ainsi que de pouvoir soulever le défi du vivre-ensemble et les responsabilités qui en incombent. Ce faisant, notre seul souhait dans le cadre du 50ème anniversaire de la présence turque en Belgique est de partager avec tout-un-chacun les défis liés à la cohésion sociale, à l’intégration et à la citoyenneté active ainsi que de relater tout ce qui a déjà été fait dans ces domaines et de proposer de nouvelles pistes d’action, pour ainsi offrir à notre manière une valeur et une profondeur au cinquantenaire de l’immigration. Ce qui rendra précieuse l’année 2014, c’est la teneur et l’esprit dont on la dotera.